Marina Ardouin 9 hours ago

Habiter le désordre sans s'épuiser

Nous cherchons souvent à tout organiser pour aller mieux. Pourtant, ce n’est pas toujours le désordre qui épuise, mais la manière dont notre esprit tente de le contenir. Cet article propose une autre lecture : et si l’enjeu n’était pas de tout maîtriser, mais d’apprendre à habiter ce qui est, avec plus de justesse et moins de coût intérieur ?

Lundi matin. 🪶

Mon chat s’est installé au milieu des draps, avec ce mélange typiquement félin de désinvolture et d’évidence.

Rien n’est parfaitement ordonné, rien n’est "optimisé”, et pourtant la scène a quelque chose de profondément juste.

En le regardant, je pense à une de mes thématiques d'intervention et d'accompagnement: l’écologie mentale.

Nous parlons souvent de charge mentale, de stress, de dispersion, de fatigue. Mais nous interrogeons plus rarement la manière dont notre monde intérieur est organisé, ou plutôt, souvent, désorganisé, par excès de sollicitations, de micro-ajustements et d’auto-exigence.

Car le problème n’est pas toujours la quantité objective de choses à faire. Il réside souvent dans le coût psychique de leur traitement. Deux personnes peuvent avoir une journée comparable en apparence : l’une la traverse sans s’effondrer, l’autre termine épuisée, non parce qu’elle serait moins capable, mais parce que son fonctionnement interne mobilise davantage de ressources pour trier, anticiper, inhiber, décider, se recentrer, se rassurer, se relancer.

C’est cela, au fond, que je mets derrière l’idée d’écologie mentale : la qualité de gestion de nos ressources cognitives, attentionnelles et émotionnelles.


Je pense à une cliente que j’ai accompagnée, une jeune femme très compétente, très consciencieuse, avec un niveau d’exigence élevé envers elle-même. Elle ne venait pas parce qu’elle “n’y arrivait plus” au sens visible du terme car de l’extérieur, elle tenait. Elle travaillait, assumait, organisait, gérait sauf qu' intérieurement, tout devenait de plus en plus coûteux. Ce qui m’a frappée, dans ses mots, ce n’était pas seulement la fatigue, c’était la texture de cette fatigue. En effet,

elle ne décrivait pas un effondrement brutal mais une "usure par suractivation" : trop de pensées simultanées, trop de scénarios anticipés, trop de points de vigilance maintenus en arrière-plan, comme si rien, dans son esprit, n’acceptait vraiment de se mettre au repos. Autrement dit, ce n’était pas seulement un problème d’organisation, c’était un problème de de fonctionnement mental.

C’est là qu’une lecture en termes d’écologie mentale devient précieuse.L'écologie mentale déplace le regard, elle évite deux erreurs fréquentes : la première consiste à moraliser la difficulté : “je gère mal”, “je manque de discipline”, “je devrais mieux m’y prendre”. La seconde consiste à "surtechniciser" la réponse: ajouter encore une méthode, un outil, une application, alors que le système intérieur est déjà saturé. Or, dans bien des cas, l’enjeu n’est pas d’ajouter. Il est de désencombrer.

Et je ne parle pas seulement de l'agenda, des tâches, je pense aussi aux boucles internes inutiles, les injonctions silencieuses.

Avec cette cliente, le travail n’a pas consisté à la rendre “plus performante”. Nous avons travaillé à rendre son fonctionnement moins coûteux.

Beaucoup de personnes vivent avec un système interne réglé comme si tout était prioritaire, tout était fragile, tout devait être surveillé. À long terme, ce mode de fonctionnement épuise. Pas parce que la personne est fragile, mais parce qu’aucun organisme ne peut durablement vivre en état de mobilisation, de veille haute sans payer un prix. L’écologie mentale, ce n’est donc pas “prendre soin de soi” au sens flou du terme.

🌿C’est apprendre à construire un rapport plus sobre, plus lucide et plus soutenable à son propre fonctionnement.


Ce lundi, je ne te souhaite pas une semaine parfaite. Je te souhaite mieux que cela :

une semaine où ton esprit n’aura pas à porter plus que nécessaire. Une semaine un peu plus claire. Un peu plus sobre. Un peu moins coûteuse intérieurement.


Marina Ardouin

Psychopédagogie existentielle

Écologie mentale, émotions & métacognition

7 ans d’activité

7 ans d’activité

il y a 2 semaines
#7 Fortnite

#7 Fortnite

il y a 6 ans
#50 Facteurs d'influence de l'attention et stratégies de concentration

#50 Facteurs d'influence de l'attention et stratégies de concentration

il y a 3 ans

#21 Doués et oubliés (vidéos)

il y a 6 ans
Causerie Parents d'enfants atypiques

Causerie Parents d'enfants atypiques

il y a 4 ans