Les devoirs : cette autre journée qui commence (où la question est celle de la disponibilité cognitive)

Nous regardons souvent les devoirs qu’un adolescent doit faire, beaucoup moins la journée qu’il a déjà vécue lorsqu’il pose son sac. Si votre ado est épuisé après le lycée, voici quelques pistes.

Les devoirs : cette autre journée qui commence (où la question est celle de la disponibilité cognitive)

Voici une scène typique au cabinet : je demande à un lycéen en 1ere générale que j’accompagne de me raconter sa journée (enfin, la 1ere…).

Il quitte son domicile à 6h45 pour prendre son bus à 7h, début des cours à 8h, jusqu’à 17h40 et rentre après 18h45 (il n’a pas cours le mercredi après-midi), il a déjà passé plus de onze heures à l’extérieur. Lorsqu’il pose son sac, sa 2eme journée commence : il lui faut commencer à préparer 6 DS sur table, un oral, terminer un exercice de maths, un autre de physique, ou avancer sur un oral, poursuivre la lecture de 2 œuvres pour le bac (une imposée, l’autre en choix libre), préparer son diaporama du stage de Seconde pour l’accompagnement à l’orientation (ses mots : « le truc qui sert à rien »). Avec 2 des DS pour le lendemain dans une journée complète, sans heures d’études. Et j’oubliais : avec un TDAH (médicamenté la journée) et un trouble du langage écrit (un PAP est en place, quand les profs sont volontaires…).

En regardant tout ça, on pourrait se dire qu’avec un peu d’organisation, les choses devraient pouvoir tenir. Une demi-heure ici, une heure après le dîner, le reste pendant le week-end…en demandant à chat GPT de faire un planning de révision, ça devrait aller !

Mais dans cette manière de compter les heures, un élément essentiel est oublié : l’être humain de même pas 16 ans ½ qui devra réaliser ce travail, avec la fatigue de sa journée (déjà présente pour un élève « classique », ajoutée à celle de ses troubles et ce qu’il lui reste d’énergie à ce moment.


Un créneau libre dans un emploi du temps n’est pas nécessairement un temps disponible pour apprendre.

Entre son retour à la maison et son coucher, il faudra aussi dîner, prendre une douche, échanger avec ses proches. Peut-être aura-t-il envie de ne rien faire pendant un moment. Après-tout, nous comprenons assez facilement ce besoin chez un adulte qui rentre du travail (« je me pose 5 minutes et j’arrive »), alors que chez un jeune, nous pouvons facilement être plus enclins à y voir du temps de perdu, surtout quand les devoirs attendent au chaud dans le sac.

Pourtant, cette transition mérite une place préservée, presque sanctuarisée dans l’organisation du soir.


Ce que l’agenda ne nous dit pas

« Réviser le contrôle de français. » Quelques mots dans un agenda, mais qu’englobent-ils exactement ?

Pour un élève, ce sera reprendre des connaissances déjà bien assimilées en classe.

Pour un autre, il faudra commencer par retrouver les documents, comprendre ce qui est attendu et décider comment s’y prendre. Puis apprendre, vérifier, revenir sur ce qui résiste. Si l’évaluation demande une argumentation, connaître le cours ne suffira pas : il faudra aussi savoir l’utiliser, comprendre ce que veut dire « approfondir », « argumenter ».

La consigne est la même « Réviser le contrôle de français ». Le travail à accomplir sera très différent. C’est ce qui rend les estimations si délicates.

Ajoutons que la longueur d’un énoncé ne renseigne guère sur le temps nécessaire pour le traiter, et le nombre de devoirs inscrits dans Pronote ne permet pas, à lui seul, d’évaluer la charge de la soirée.

Avant de conclure qu’un adolescent manque d’organisation, il est donc utile de regarder ce qu’il doit réellement faire derrière chaque énoncé. Certains peinent à commencer parce que la toute première action reste déjà une inconnue. « Préparer mon oral » ça reste assez flou, ouvrir son support et écrire les idées de la première diapositive de mon diaporama me rend acteur.


S’organiser, ça aide. Encore faut-il que le programme soit réalisable !

L’organisation a une place importante dans mon travail de psychopédagogue, que ce soit pour les adultes, pour les jeunes, et pour les familles aussi. Dans le cadre scolaire, elle permet de rendre les attentes plus lisibles et d’éviter qu’un élève découvre, la veille, plusieurs exercices qui demandait pourtant de l’anticipation.

Alors avant de chercher comment tout faire tenir dans un planning de révision, je trouve essentiel de se demander… si tout peut effectivement tenir !

Adultes, parents, ados, beaucoup arrivent en me disant que le planning, ils en ont déjà fait, et ça ne marche pas. Je leur explique alors que lorsqu’un planning ne fonctionne pas, ce n’est peut-être pas l’outil qui est mauvais, d’autant que maintenant, l’IA vous fait un planning chouette, ludique, coloré. Mais sans doute qu’il manque des informations préalables à l’efficacité de cet outil ! (et c’est là que j’interviens !) Des informations permettent alors d’ajuster et qui évitent ainsi de transformer chaque débordement temporel en preuve d’un manque de volonté (et oui, parfois on veut, mais on ne peut pas !).

Si une tâche prévue en vingt minutes en demande cinquante, nous là que nous avons appris quelque chose sur cette tâche, sur les conditions de sa réalisation, ou sur l’aide dont l’élève a besoin.


Et le week-end ?

S’avancer le week-end peut soulager les soirées de la semaine quand les journées sont longues.

À condition de regarder aussi ce que l’on y fait.

Si le samedi et le dimanche deviennent les seuls moments capables d’absorber les travaux exigeants, quelle place reste-t-il alors pour récupérer ou avoir une vie en dehors du lycée ? La question mérite d’être posée avant de remplir chaque espace vide du planning.

Il est essentiel de réserver certains moments au travail et d’en protéger d’autres. Cela suppose parfois de renoncer à un planning idéal pour construire une semaine juste, pas simplement tenable.


Observer avant de demander plus

Dans mon accompagnement, je m’intéresse au moment précis où le travail devient difficile, ou l’effort n’arrive plus à se faire. Le jeune sait-il ce qu’il doit faire ? Arrive-t-il à commencer seul ? Passe-t-il beaucoup de temps sur une partie du devoir, au point de ne plus pouvoir terminer le reste ? Une difficulté à comprendre la consigne n’appelle pas la même proposition qu’un devoir rédigé en dernière minute, ou qu’une fatigue devenue à ce point présente qu’elle ne permet plus de se concentrer et maintient l’élève dans le flou.

Mon regard permet également de disposer d’éléments concrets lorsque les difficultés se répètent : le temps réellement passé, les efforts de l’élève et les obstacles rencontrés pour élaborer un parcours personnalisé.


En tant que parents, nous souhaitons que les adolescents apprennent à organiser leur travail. Apprenons leur aussi à en évaluer la charge et à reconnaître quand ils ont besoin d’aide.


Lorsqu’un jeune nous dit qu’il n’y arrive plus, prendre le temps de regarder sa semaine avec lui est déjà une façon de prendre sa difficulté au sérieux. Il s’agira ensuite de chercher comment avancer et quelle aide solliciter. Apprendre à s’organiser va au-delà de faire un simple planning.


En savoir plus : https://marina-ardouin.fr/accompagnements/adolescents/

 

Marina Ardouin

Psychopédagogue

Comprendre son fonctionnement. Avancer autrement.

Saint Philbert de Grand Lieu, Sud de Nantes

Cabinet & visio

marina-ardouin.fr

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