Quand une consigne pèse sur tout le reste

Compréhension fragile de la consigne = réponse fragile!

Enfants, ados ou adultes, il y a des apprenants qui ne bloquent pas parce qu’ils ne savent rien, ni parce qu’ils n’ont pas travaillé. Ils bloquent parfois bien avant cela, au moment précis où la consigne arrive devant eux et se présente comme une masse compacte, un message qu'ils n'arrivent pas à décrypter.

Ils restent bloqués sur quelques mots : un verbe à comprendre, l'attente derrière cette consigne, un document à lire, des informations à sélectionner, une réponse à construire. Et très vite, cette impression intérieure : « Je ne comprends pas vraiment ce qu’on me demande. »

De l’extérieur, cette situation peut être mal interprétée : on peut penser que la personne manque de méthode, qu’elle ne fait pas assez d’efforts, qu’elle n’a pas appris sa leçon ou qu’elle attend qu’on fasse à sa place. Mais, dans certaines situations, la difficulté ne commence pas dans la réponse. Elle commence dans la lecture même de la demande.

Comprendre une consigne, une demande, ce n’est pas seulement lire des mots alignés. C’est repérer l’action attendue, identifier le sujet exact d'une question, comprendre jusqu’où il faut aller, choisir les informations utiles, écarter celles qui parasitent la réflexion, puis organiser sa pensée pour produire une réponse adaptée.

Je l'observe en séance, cette étape mobilise une énergie mentale considérable. Et lorsque cette énergie est consommée dès les premières secondes, il reste peu de disponibilité pour réfléchir, rédiger, argumenter ou mobiliser ses connaissances avec justesse.

C’est souvent là que la personne se décourage. Elle est capable, mais elle ne parvient pas à entrer dans la tâche. La demande semble trop large, trop floue, trop implicite. Elle devient inquiétante avant même d’avoir commencé.

En accompagnement psychopédagogique, j’accorde beaucoup d’importance à ce moment-là. J’observe comment la personne reçoit la consigne, ce qu’elle comprend immédiatement, ce qui se trouble, ce qu’elle croit devoir faire, ce qu’elle n’ose pas formuler, ce qui la surcharge ou l’empêche d’avancer.

L’objectif n’est pas de faire à sa place, ni de donner une méthode toute faite qui viendrait se coller artificiellement sur la difficulté. L’objectif c'est de l’aider à reprendre prise sur ce qui est demandé, à clarifier la tâche, à distinguer l’essentiel du secondaire, à retrouver un point d’entrée possible.

Parce qu’une réponse incomplète, ou qui reste en surface, ne révèle pas toujours un manque de connaissances. Elle peut aussi cacher une compréhension fragile de la consigne, une difficulté à organiser mentalement la demande ou une surcharge invisible au moment du démarrage.

Travailler cela change beaucoup de choses. Cela permet à l'apprenant de ne plus subir la consigne comme un mur qui se dresse et le bloque.

Et parfois, c’est précisément ce passage-là qui permet de recommencer à apprendre avec plus de clarté, de confiance et de pérennité.


Marina Ardouin

Psychopédagogue

Apprendre à être, oser devenir.

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